Psychothérapie et genre

En thérapie, je m’efforce d’intégrer intelligemment, et avec sobriété, les questions de genre et les acquis du féminisme.

Un certain nombre de praticiens ou de courants « psy » sont en effet encore affectés par des visions conservatrices des rapports genrés ou des enjeux liées à l’orientation sexuelle. Quand celle-ci ne s’inscrit pas dans les cases « hétéro » et « cis », il n’est pas rare d’entendre parler de « pathologie » ou de « trouble ».

Quant aux prétendues « catégories » du masculin et du féminin, on continue de vouloir les appliquer aux patient.e.s sans en interroger la pertinence, le contenu, les effets d’oppression et de domination.  J’estime pour ma part qu’il s’agit là de positions thérapeutiques et intellectuelles rétrogrades, discriminatoires, qu’il faut s’engager à dépasser.

On n’a de cesse d’interroger le rôle et le devoir politique de l’artiste ou de l’écrivain.e : il est temps de faire de même avec les psychanalystes.

« Les objections des féministes à la thérapie traditionnelle sont les suivantes : 1) Elle vise à ajuster les femmes à leurs situations injustes plutôt qu’à les aider à se révolter contre ces situations sociales injustes. 2) Elle fait de conflits créés par l’injustice économique et sociale un problème intra-psychique uniquement […]. 3) Elle reproduit le modèle médical et autoritaire. Le thérapeute (la plupart du temps un homme) dans la thérapie traditionnelle est vu comme l’expert et l’autre (la plupart du temps une femme) comme la patiente qui subit le traitement. Ceci contribue à augmenter l’impression chez la «patiente» qu’elle n’a pas les ressources nécessaires pour résoudre ses problèmes. 4) Le thérapeute […] maintient [la personne] dans sa passivité débilitante plutôt que de la mobiliser dans l’action ». 1.

  1. Janine Corbeil, « Les paramètres d’une théorie féministe de la psychothérapie », Santé mentale au Québec, vol. 4, n. 2, 1979, pp. 63-86.